Conférence sur la PIF, par le Dr Pascal Prélaud qui a eu lieu à l'école vétérinaire de Toulouse
en partenariat avec l'AFVAC, le GEMEF et la SFF.

Merci à Florence Richard pour ce résumé et son aimable autorisation .

(site : http://www.birmania-and-co.com)

Il existe des dizaines de souches différentes de coronavirus félins (FCoV). Il y a les coronavirus entériques qui se multiplient uniquement dans les anthérocytes et ont un pouvoir pathogène faible ou nul et les virus de la PIF (FIPV) capables eux de se multiplier dans les macrophages. Une des caractéristiques des coronavirus est leur fort pouvoir de mutation. Ainsi un coronavirus entérique banal devient pathogène par mutations successives.

Transmission :

Elle se fait par ingestion ou inhalation à partir de la salive et des selles de chats infectés, soit directement de chat à chat, soit indirectement à partir des gamelles ou des litières. Les coronavirus sont très infectieux : 95 à 100 % des chats en contact avec un chat infecté sont contaminés en deux semaines. Le virus est excrété dans la salive et les selles pendant plus de 8 mois après séroconversion jusqu'à un maximum de 24 mois. Environ un chat séropositif sur trois est excréteur. Par contre les chats malades ne sont plus excréteurs et les chats sains séronégatifs ne le sont pas non plus.

Pathogénie :

Un coronavirus devient pathogène lorsqu'il est capable d'infecter les macrophages. Il pourra donc circuler dans tout l'organisme. Les symptômes dépendent des vaisseaux atteints et peuvent concerner tous les organes.

Tous les chats peuvent déclarer la maladie mais elle s'observe surtout chez les jeunes animaux (de 3 mois à 3 ans) et âgés (10 à 14 ans).

Le chat doit être en contact avec un coronavirus pour déclarer une PIF. Plus les chats vivent en nombre plus ils sont enclins à développer des coronavirus qui peuvent muter en PIF.

Le stress est un des facteurs prédisposant le plus important. Il peut être aigu : changement de propriétaire, chirurgie, gestation ou chronique : chats en surnombre, introduction de nouveaux chats, maladies concomitantes....

Selon le Dr Addie, les chatons morts de PIF humide ont changé de propriétaire ou subit une intervention un à deux mois auparavant. Pour une PIF sèche cela se développe plus lentement et apparaît jusqu'à 42 semaines après le changement de propriétaire.

Deux formes de PIF :

L'humide : qui est due à un phénomène d'hypersensibilité de type III : des complexes immuns se déposent sur la paroi des vaisseaux sanguins, entrainant l'apparition de lésions et la fuite des protéines plasmatiques vers les grandes cavités (thorax, abdomen, enveloppes scrotales chez le mâle entier etc...)

En début d'évolution, l'épanchement abdominal est parfois palpable avant de devenir invisible : les anses intestinales deviennent glissantes à la palpation. La maigreur et l'ascite sont parfois les seuls symptômes notables. Généralement l'inflammation s'étend aux organes abdominaux entrainant l'apparition d'autres symptômes comme les diarrhées, les vomissements lors d'une atteinte intestinale ;des ganglions mésentériques ou du pancréas lors d'atteinte hépatique. Chez le mâle entier l'épanchement peut envahir les enveloppes vaginales du scrotum. Ces épanchements sont à confirmer par ponction.

Forme sèche : Elle est plus difficile à décrire cliniquement, les symptômes sont différents selon les organes atteints. Les dépôts d'immuns complexes provoquent des infiltrations de cellules inflammatoires péri-vasculaires en surface de l'organe et à l'intérieur de son parenchyme. Ces infiltrations sont responsables de foyers de nécrose tissulaire à l'origine du dysfonctionnement de l'organe atteint.

Les localisations sont les plus fréquentes aux yeux, le système nerveux central et les organes abdominaux parenchymateux.

Les lésions oculaires de PIF sont localisées dans la tunique vasculaire de l'œil et se traduit le plus souvent par une uvéite antérieure. C'est les 1/3 des formes sèches avec ou sans signes, avec uvéites, avec kératites, décollements rétiniens, névrite optique.
Autre cause d'uvéite : traumatisme, infections virales (Felv/Fiv), mycose profonde, toxoplasmose, infection bactérienne générale ou de voisinage.
Autres signes cliniques: mortalité, infertilité, lymphadénomégalie mésentérique, masse pyogranulomateuse iléocaecocolique, pneumonie interstitielle granulomateuse , gros rein palpable.

L'atteinte nerveuse se traduit par des symptômes nerveux multiples, d'apparition progressive. Elle est fréquente et elle est la seule expression clinique dans un tiers des cas. Les lésions atteignent le système nerveux central le plus souvent mais aussi la moelle épinière. L'association uvéite - atteinte du SNC chez un jeune chat est très évocatrice de la PIF. Une ponction du LCR est indispensable pour faire le diagnostic des symptômes nerveux.
L'atteinte rénale est représentée par une néphrite pyogranulomateuse.

Biologie :

hyperprotidémie plasmatique (>80 g/l) : on recherche dans un premier temps l'existence d'un artéfact comme une déshydratation puis on effectue une électrophorèse pour connaître la fraction de protides produite en excès. S'il s'agit des gammaglobulines, la suspicion de PIF est très forte mais cela peut être aussi si l'hyperprotidémie est moins marquée une FIV.

liquide d'épanchement (50 - 120 g/l) a PIF et envisagée comme première hypothèse s'il s'agit d'un liquide visqueux plus ou moins ambré et hyperprotidémique. Il existe de nombreux causes d'épanchement donc il faut systématiquement analyser.

sérologie positive : pour toutes les techniques et le type de rendu de résultat, le résultat de l'examen sérologique ne permet pas de préjuger de l'existence d'une PIF. Certains chat synthétisent beaucoup d'anticorps et d'autres non sans être malade de PIF et la sérologie peut être négative chez des animaux malades.

90 % des chats sont à un moment donné positif coronavirus mais n'a aucune valeur pronostique.

Dépistage de la PIF par le dr Corine Boucraut-Baralon

L'infection par les coronavirus félins est aujourd'hui très répandue que beaucoup d'éleveurs se posent la question de l'intérêt des tests de dépistage, par rapport au risque réel très faible de voir apparaître une PIF.

Le dépistage permet de savoir si un effectif est contaminé ou non par un coronavirus. Si le chat est négatif, il faut le laisser dans un environnement négatif mais surtout l'éleveur doit prévenir lors de la vente de chatons des risques encourus par un chaton négatif qui sera mis en contact avec un animal excréteur de coronavirus. De nombreux cas de PIF sont décrits chez ces animaux négatifs qui après une primo-infection par un coronavirus entérique banal et à la faveur du stress (changement de milieu) vont développer rapidement la maladie, pouvant faire penser qu'il vaut mieux finalement vivre avec du coronavirus dans son élevage plutôt que sans.

Si l'effectif est contaminé il faut isoler les animaux fortement excréteurs et les excréteurs chroniques ; de sélectionner les animaux plutôt résistants à l'infection. Ce protocole est nécessaire que pour des effectifs où il y a eu des cas de PIF en collectivité.

Les moyens de dépistage : deux grands types de moyens sont disponibles et sont complémentaires :

méthode indirecte : la sérologie qui permet de détecter la présence d'anticorps dirigés contre les coronavirus = tests rapides d'imuno-migration (tests qualitatif), immunofluorescence (tests quantitatifs), tests ELISA et tous ces tests diffèrent d'un laboratoire à un autre, d'où l'intérêt de faire les tests toujours au même laboratoire.

méthode directe : test par PCR (RT-PCR) qui recherche le génome des coronavirus dans les fèces ; cette méthode est très sensible donc elle permet de détecter la présence de très faibles quantités de virus. Pour évaluer le statut d'excréteur chronique, il faut faire le test plusieurs fois sur plusieurs moi d'intervalle. Des tests sur des chatons qui viennent d'être vaccinés n'apportera rien vu que la charge virale lors de la primo-vaccination est plus importante que sur des adultes et n'a aucune valeur prédictive sur l'apparition de la maladie.

Ces tests de dépistage n'étant pas spécifiques des FIPV, il n'est pas recommandé de les utiliser en première intention mais seulement lorsque des éléments cliniques, hématologiques et biochimiques sont très en faveur d'une PIF. La sérologie est très peu informative en raison du risque des faux positifs liés par une infection des coronavirus entériques bénins. L'intérêt de la RT-PCR est assez contreversé car cet examen fait ressortir trop de faux positif. La PCR peut s'avérer un outil très utile pour confirmer un diagnostic de PIF mais son utilisation n'exclue pas une démarche diagnostique rigoureuse.

Intervention du Dr Addie qui a fait l'effort de faire sa présentation tout en français.

Conscience et connaissance du mécanisme d'infection :

Il y a souvent dans le cas de PIF dans une portée de chatons : diarrhée à 5 à 7 semaines, chatons de formes inégaux, quelques fois maladie respiratoires.

La PIF arrive souvent après un stress donc il faut réduire tout stress et ce stress peut être causé par un changement de maison, modification au sein de l'habitat, trop de chats, les chats vivants en chatterie, une chirurgie, gestation et lactation etc ...

La durée d'incubation est de 4 semaines. Par mesure de prévention, avant une chirurgie, on peut faire un test sanguin pour voir si le chat n'est pas incubateur de coronavirus et si le test est positif reculer l'intervention dont le stress pourra provoquer une PIF.

Les chatons sont protégés par la mère pendant 5 à 6 semaines. Le virus peut vivre pendant 7 semaines dans une litière et dans les matières fécales le virus est actif deux jours.

Il faut appliquer constamment les règles d'or de l'hygiène en lavant rigoureusement à la javel les objets, litières, sol qui peuvent être infectés.

Si on détecte un cas de PIF, il faut isoler les chats excréteurs, les non excréteurs, les non excréteurs devenant excréteurs et les excréteurs qui deviennent négatifs et ainsi de suite, en renouvelant les tests et pouvant faire des groupes selon le quatre catégories.

Actualités en matière de vaccination contre la PIF par le professeur Marian C. HORZINEK qui a fait aussi l'effort de parler en français en nous faisant également beaucoup d'humour.

Quelques rappels : les coronavirus se présentent sous deux formes de génotypes et sérotypes. Les coronavirus induisant la PIF sont des mutants de délétion qui se développent in vitro chez des chats infectés individuellement et cela peut apparaître de façon variable : quand l'immunité à médiation cellulaire est supprimé (lors de surpopulation, d'infection Felv ou Fiv). Les mutants du coronavirus sont rarement excrétés et transmis et ne peuvent généralement pas causer des épidémies mais provoquent des PIF quand ils sont injectés à des chats (naïfs ou séropositifs)

Les infections à coronavirus des chatons entrainent une réplication virale dans la partie distale du tractus intestinal pouvant conduire à une diarrhée modérée ou pas de symptômes du tout, cela peut persister des mois et produire des séroconversions (mais pas toujours).

La PIF est une coronavirose non contagieuse le plus souvent qui apparaît individuellement sur des chats infectés persistants par le coronavirus félin à la suite des mutations génomiques : plus il y a de virus circulant chez un chat, plus le risque est grand et il y a beaucoup de réplications virales chez un chat immuno-déprimé (par le stress territorial, les infections rétrovirales...)

Un vaccin aurait été mis au point au Japon mais il ne concerne pas les coronavirus présents en europe, un groupe de chercheurs dont fait partie le professeur Marian C. HORZINEK travaillent sur la souche européenne du virus plus résistante mais ce vaccin qui ne verra malheureusement pas le jour pour l'éleveur avant 5 à 6 ans malgré de très gros progrès et des résultats prometteurs.

 

Retour page divers